Dimanche 13 juin 2010, Théâtre des Champs-Elysées
M'arrachant quelques instants du Bill Bailey Remarkable Guide to the Orchestra (“Wonderfully enjoyable…like driving a Rolls-Royce off-road” - dit Stephen Fry), je me replonge avec nostalgie dans mes souvenirs du concert-lecture-conversation d'Amitabh Bachchan, en juin dernier au Théâtre des Champs-Elysées.
C'est un concert que j'avais préparé depuis longtemps : j'ai souffert des premiers symptômes de l'indophilie dès l'adolescence, au siècle dernier. Il m'aura fallu attendre une dizaine d'années pour enfin dévaliser avec un enthousiasme non feint les magasins de disques de Bombay, écumer les salles de concerts, commencer à apprécier un match de cricket, attraper au passage une bachchanite carabinée, maladie se déclenchant automatiquement après quelques semaines en Inde. Comment résister à ce baryton ?
A l'été 2009, un commentaire de Joël m'avait fait bondir : Amitabh donnerait une lecture des oeuvres de son papa en juin 2010 au TCE ! Les mois, interminables, se suivent. Enfin le soleil daigne se lever sur un 13 juin. J'emmenai avec moi un novice, totalement imperméable à la Bachchanmania.
Les élégants tailleurs du VIIIè arrondissement laissent la place à une débauche de saris multicolores. Je me sens à côté de la plaque, en jean. J'essaie de préparer mentalement mon compagnon de concert : 'Tu sais, Bachchan est une énorme star en Inde - il va être accueilli très très chaleureusement', mais la violence de la réaction de la salle me surprend aussi quand Bachchan entre sur scène. Dix minutes de hurlements ininterrompus, de crépitements de flash, d'applaudissements hystériques, de gesticulations incontrôlées. Une employée avait sagement demandé, avant le début du spectacle, de s'abstenir de filmer ou de photographier. Une note d'humour noir. [Joël me sussure qu'il s'agirait de Jeanine Roze herself)
Je m'attendais à une lecture de poème austère, religieusement concentrée. Bachchan a choisi d'instaurer une ambiance festive, se faisant accompagner de trois synthés (aïe) et de quelques percussionnistes, brillant plus par leur enthousiasme que par la délicatesse de leur doigté. Il a un charisme tel que cela fonctionne. Les hostilités commencent par un joyeux poème 'Madhushala - Au Cabaret' très khayyamien de par son appréciation de la bonne chère, du vin.. Amitabh Bachchan chante. Si c'est parfois hasardeux, une entrée ou deux me paraissent approximatives, son chaleureux baryton rend magnifiquement hommage au poème.
D'autres poèmes, plus courts, incisifs montrent un délicieux sens de l'humour cinglant, que le grand portrait de Harivansh, digne et sérieux, projeté en fond de scène ne me laissait pas entrevoir.
Il y a quarante ans, j'ai lu un poème ;Il me semble (mais vous savez bien que ma culture littéraire est limitée), retrouver quelque chose de la simplicité et de la beauté de la poésie persane, magnifiquement ancrée dans le quotidien (manger, boire, dormir, mourir, vivre, râler) avec des sons, des rythmes qui m'émeuvent bien plus que Rimbaud, ou Baudelaire. Un de mes amis prétend que j'ai besoin d'exotisme pour apprécier un auteur. Peuh.
Aujourd'hui, je le relis,
Il me semble le lire pour la première fois.
Il y a quarante jours, j'ai j'ai lu un poème ;
Aujourd'hui, je le relis,
Il me semble lire un vieux journal passé.
Il n'existe pas de recueil de poèmes d'Harivansh Bachchan à ma connaissance, en français à l'exception du programme du concert. Il reste un exemplaire de Madhushala sur amazon.co.uk, à aujourd'hui, que je viens de rafler. Sinon, vous pouvez vous procurer un enregistrement de certains de ces poèmes par Amitabh Bachchan sur amazon.fr : je vous le recommande vivement, ces poèmes gagnent à être écoutés.
Le concert se termine sur une note amusante : les trois-quart de la salle aimeraient un autographe - quelques renards rusés soudoient des petits enfants, qui vont docilement apporter un programme à dédicacer sur scène. Et quand on réalise que Jaya Badhuri en personne est présente au parterre, une deuxième mini-émeute s'amorce.
Ps: Shava, Shava !
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